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07.06.2007
LE SURSAUT
Le sursaut
La France semble être de retour parmi les nations pragmatiques. Les peuples se réveillent et sanctionnent avec un zèle toujours certain les dirigeants qui les ont trahis. Les grands mensonges faits aux Français ont vécu. Le voile est levé, le masque est tombé : on ne s’enrichira pas en travaillant moins, l’ordre n’est pas un délire fasciste, l’interventionnisme étatique ne peut être la règle, dans une économie désormais soumise aux contraintes de la mondialisation. Mais peut-on en vouloir à ce peuple trop romantique pour accepter le monde tel qu’il est ? La France s’est toujours rêvée différente, en marge de ce monde qu’elle contemple avec distance et qu’elle aime à contredire. Héritage d’une nation qui, seule contre toutes, mena avec succès la Révolution face à l’Europe des monarchies. Depuis, elle se surprend sans cesse à vouloir changer le monde. Mais la rêverie a un prix…celui de l’isolement, qui condamne de sa froide sanction toute nation qui refuse d’accepter la réalité telle qu’elle est. La France serait-elle en train de grandir, tel un enfant qui découvre avec douleur qu’il faut faire le deuil de sa vanité et de ses rêves ? Après vingt ans de révolte face à ce monde qui changeait sans elle, la France sort enfin de son huis-clos. Le tragique et l’originalité ne sont plus à la mode, désormais seuls comptent les résultats. La France s’est en 2007 invitée au grand banquet des nations en marche.
C’en est fini du mythe de l’interventionnisme à outrance dans une économie désormais mondialisée et ouverte sur le monde. Ce mythe, dont l’histoire commence en 1981, celui d’un îlot de résistance sur lequel devait venir se briser, telles les lames d’une mer déchainée sur les digues d’un port invincible, les autres pays, qui dans leurs errements impardonnables, avaient fait le choix du libéralisme. Folie qui devait être punie. Folie qui devait être effacée. Ils devaient voir, ils devaient tous prendre exemple sur nos nationalisations, notre politique de réduction du temps de travail, notre modèle social français. Ils ont vu. Nous fûmes l’exemple, celui à ne pas suivre. La suite est connue et méritée. Les modèles économiques n’ont que faire du romantisme. La réalité est froide et sanctionne les mauvais choix idéologiques. Nous avons perdu vingt ans.
C’en est fini de l’idéologie du politiquement correct, instaurée un jour de mai 68 par une jeunesse assoiffée de repentance. Celle de ceux qui n’ont pour tout courage que celui de mener la chasse aux idées déviantes, aux propos blessants. Ne rien dire, ne surtout pas évoquer certains thèmes, certains mots. Recouvrir d’un voile aux allures de bonne conscience les problèmes de notre société pour éviter d’avoir à les traiter. Délire irresponsable qui a longtemps préféré changer les dénominations plutôt que de chercher les solutions. Délire démagogique qui a conduit à l’échec de notre politique d’intégration. Le silence est mère de tous les vices et protecteur des lâches. Tout ce bruit pour rien aurait dit un célèbre dramaturge. Pendant ce temps, la droite se réformait, évoluait idéologiquement pour être à l’aube du vingt et unième siècle le parti du changement, volant ainsi le monopole du progressisme à une gauche vieillissante. Où sont ces minorités et ces jeunes, tant défendus depuis 25 ans, dans la hiérarchie d’un PS qui ressemble de moins en moins aux idées qu’il prétend défendre? Le zèle dans la critique n’est que le signe d’une mauvaise conscience que l’on peine à masquer, à l’image de ces personnes qui donnent leur parole à tout va pour se persuader qu’ils en ont une. Encore une fois, la réalité rattrape les mots. Seuls les actes comptent.
Et c’en est fini de cette honte française, de cet extrémisme de droite que ses récents succès autorisaient à toujours plus d’insolence et toujours plus d’audace. Ce chevalier noir des tournois électoraux qui entâchait depuis plus de quarante ans l’honneur d’une droite républicaine, traumatisée par les plus sombres pages de son histoire. Celle-ci a enfin terrassé ses vieux démons. Le courage ne suffit pas à remporter les batailles, disait un illustre vétéran, il ne fait que sauver l’honneur. En 2007, le courage politique aura lavé notre honneur et mené à la victoire. Le courage d’avoir fait le choix d’affronter les tabous qui faisaient le lit d’une extrême droite, demeurée trop longtemps seule détentrice de ces thèmes interdits. La reconquête de cet électorat était risquée. Les bien-pensants veillaient au respect des dogmes. Mais la droite s’est enfin décomplexée dans le respect de l’autre et dans la tolérance, laissant à ses opposants le privilège des coups bas, des attaques personnelles et de l’agitation des peurs. Ce fameux Tout sauf Sarko… Triste argumentaire, celui de ceux qui sentent le sol se dérober sous leurs pieds à l’approche de la défaite. Mais la haine se nourrit de petites choses, tout lui va, aimait à dire Balzac.
L’enjeu est aujourd’hui de taille. Le train en route pour le progrès est parti depuis déjà longtemps. Le peuple français, après de longues hésitations, a fait le choix d’y monter en marche. L’immense défi est à la hauteur de l’espoir que nos concitoyens ont mis dans cette élection. Les Français ont, en quelque sorte, payé pour voir.
19:05 Publié dans Articles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, libéralisme










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